Discours du Roi.

Publié le par Daive

Discours du nouvel an aux autorités.

Monsieur le Premier Ministre, Excellences, Mesdames et Messieurs, Je souhaite d'abord remercier le Premier Ministre des aimables vœux, qu'en votre nom à tous, il m'a adressés ainsi qu'à toute ma famille.

Cette année, nous allons célébrer le 50ème anniversaire de la signature à Rome, des traités instituant la Communauté économique européenne. Nous fêterons cet événement dans cette même salle du trône le 24 mars prochain, à la veille de la célébration officielle à Berlin, lors de la Présidence allemande de l'Union.

Avec vous, je voudrais d'abord souligner dans l'épopée européenne de ces dernières décennies quelques événements hors du commun. Ensuite, je placerai cet anniversaire dans son contexte historique, et j'évoquerai le rôle important de notre pays dans la création de cette Communauté économique lors des négociations de Val Duchesse en 1956-1957. Après, je mettrai l'accent sur les valeurs spécifiques que notre Europe en construction incarne, et conclurai en esquissant quelques perspectives d'avenir.

1. Nous pouvons illustrer le chemin extraordinaire parcouru par notre vieux continent en rappelant quelques événements majeurs. Il y a 65 ans la seconde guerre mondiale faisait rage en Europe, et l'idéologie inhumaine du nazisme tentait de s'y imposer. Les ainés parmi nous s'en souviennent bien. Il y a un peu plus de 30 ans, trois états au Sud de notre continent vivaient encore sous un régime autoritaire. Il y a moins de 20 ans, le mur de Berlin s'effondrait, ouvrant la voie vers la démocratie pour l'Europe du Centre et de l'Est, après tant de souffrances vécues sous le communisme.

Aujourd'hui, nous avons trop tendance à oublier cette mutation bien qu'elle ait forgé la paix sur notre continent et le retour à la démocratie pluraliste. Jamais l'Europe n'a connu une paix aussi durable, et une si grande prospérité.

2. Il peut être intéressant aussi de se rappeler dans quel contexte le traité de Rome est né, car il y a des leçons à en tirer. Au milieu des années cinquante les perspectives européennes étaient encore fragiles. Certes, la Communauté européenne pour le charbon et l'acier était entrée en vigueur en 1952, et avait scellé la réconciliation entre la France et l'Allemagne. Le Benelux et l'Italie s'étaient joints à eux.

Toutefois, la Communauté européenne de défense, inspirée également par Jean Monnet, ne fut pas ratifiée par le Parlement français en 1954.

Après cet échec, qui avait causé une profonde déception, les pays du Benelux prenaient une initiative en proposant de remettre l'accent sur la coopération économique. Ils présentèrent ensemble un mémorandum qui fut accepté à la Conférence de Messine, en 1955, par l'Allemagne, la France et l'Italie comme base de négociations futures. Paul Henri Spaak devint le Président du comité chargé de préparer 2 traités : un sur l'union économique, l'autre sur la coopération en matière d'énergie atomique.

Près d'ici, à Val Duchesse, de septembre 1956 à février 1957, les traités européens furent négociés et rédigés. Ils furent signés à Rome le 25 mars 1957. Ce rappel est utile pour souligner l'impulsion que notre pays, avec d'autres, a donnée jadis, et continue encore à donner à la construction européenne. Il met aussi en lumière combien un échec peut être l'occasion d'un nouveau départ. Cela doit nous inspirer dans la période actuelle.

3) Si nous sommes fort motivés par la construction européenne, c'est que nous sommes attachés à des valeurs qui malgré bien des imperfections, sont incarnées par l'Europe actuelle. J'en mentionnerai cinq ici.

a. Notre continent est très profondément attaché à la paix. Il a enfin compris la richesse de la réconciliation. L'Europe doit maintenant rester un moteur de paix dans le monde.

b. Le modèle économique européen est celui d'une économie de marché corrigée socialement, ce qui veut dire : le souci des plus faibles, une volonté de développement durable respectueux de notre environnement et une réelle solidarité en dépit de quelques graves et pénibles exceptions que nous avons encore vécues récemment.

c. Une autre valeur réside dans le caractère multiculturel de nos sociétés. Dans notre Union de 27 pays la diversité des langues et des cultures est grande. C'est un atout, et cette multiplicité sera bien mise en évidence cet automne à Bruxelles, lors du prochain Europalia. Les différentes cultures européennes plus celles de l'immigration doivent s'enrichir mutuellement dans le respect des valeurs de base de notre société. Cela ne va pas toujours sans difficultés, ni tensions. Mais nous devons les surmonter dans la solidarité et la justice.

d. Nos sociétés sont aussi caractérisées par un tissu associatif très riche où peuvent s'exprimer la générosité, la créativité et la fraternité des citoyens. Cela donne une âme à nos sociétés.

e. Enfin, je pense que l'Europe garde une conscience de ses responsabilités vis-à-vis du tiers monde, même si les efforts consentis sont encore insuffisants pour remédier à la pauvreté d'une partie importante de l'humanité et faire cesser cette injustice criante.

Pour conclure, je voudrais encore faire trois réflexions sur les perspectives de l'Europe.

1. Sur le plan économique et social, il est nécessaire que les états membres renforcent leur stratégie de Lisbonne par laquelle l'Union européenne veut devenir, d'ici 2010, l'économie de la connaissance la plus dynamique du monde. Cela suppose notamment, comme je l'ai déjà dit, l'investissement dans la recherche pour atteindre les fameux 3% du PIB, et un effort considérable pour encourager l'innovation. C'est indispensable si nous voulons maintenir notre prospérité et notre si précieux système de protection sociale.

2. Sur le plan institutionnel il est nécessaire de supprimer la règle de l'unanimité, sous peine de paralysie.

3. Enfin, en ce qui nous concerne, je voudrais à nouveau plaider pour que Bruxelles, la capitale politique de l'Europe, et tout notre pays, jouent pleinement leur rôle d'accueil de cette Europe en mutation. La Belgique multiculturelle possède à ce point de vue des atouts uniques. Rendons aussi nos efforts européens crédibles en montrant qu'à l'intérieur de notre pays nous pouvons également réaliser l'union dans la diversité, comme le souhaitent la majorité de nos concitoyens.

Convaincus que tous ensemble nous allons réussir, ma famille et moi vous souhaitons une très heureuse année nouvelle.

Publié dans belgium4ever

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