Assis confortablement dans mon transat sur la terrasse, je feuillette d’un air non désintéressé le Knack, l’hebdomadaire néerlandophone équivalant au ‘Vif L’Express’.
L’édito est peu réjouissant : tensions grandissantes entre les 2 communautés du pays, la Wallonie qui patauge et la Flandre qui doit
venir au secours, politiciens flamands exigeants plus d’indépendance de la Flandre, le Roi remis de plus en plus en question, hypothétique scénario de la scission de la Belgique. Bref, les
incontournables sujets de conversation de cet été belge… A la seule différence que cet éditorial n’est pas tiré d’un Knack récent, mais bien de la rétrospective annuelle de… 1998 ! Comme si,
en 9 ans de temps, rien n’avait bougé dans le monde politique belge qui a pourtant souvent changé de paysage depuis lors: 3 gouvernements se sont enchaînés, tout d’abord avec la chute du CVP
en 1999, suivie de la prise de pouvoir par la coalition arc-en-ciel du premier gouvernement du 3ième millénaire, réduite ensuite en 2003 à un gouvernement violet pour en arriver
maintenant à la fameuse coalition orange-bleue…
Preuve que rien n’a changé durant tout ce temps : tous les partis flamands font maintenant front pour ENFIN faire passer une
réforme d’Etat conséquente et scinder BHV sans concessions, et ils ne lâcheront pas le morceau. ; état d’esprit qui vaut aussi pour les francophones, avec la différence qu’ils plaident
exactement pour le contraire de leur homologues flamands. Du côté flamand, on dira que le ‘non’ systématique des francophones plombe toute possible négociation ; du côté des francophones, on
dira que ce sont les élans séparatistes de flamands qui empestent l’atmosphère et rendent impossible tout dialogue constructif et tous s’accorde à dire que l’impasse dans lequel nous nous
trouvons est catastrophique.
Qui a raison ? Personne, et certainement pas quand ils prétendent tous en chœur que cette situation est dramatique. L’édito du Knack de fin 1998 est bien la preuve que les tensions communautaires ont toujours été présentes en Belgique, tout comme les négociations parfois très pénibles dans la formation de gouvernements précédents et qu’au final, on s’en sort toujours. Doit-on par conséquent paniquer à cause de l’immobilisme politique actuel ? Non, mais il n’empêche malgré tout que la situation politique actuelle reste bien sûr très ennuyeuse et même gênante pour l’image de notre pays aux yeux des autres nations. Heureusement, en ce sens, le travail d’explorateur (qui, ceci soit dit en passant, est une traduction tout à fait erroné du terme initial ‘verkenner’, qui signifie en vérité ‘éclaireur’) d’Herman Van Rompuy, homme discret et source de sagesse en matière de questions institutionnelles, est une bonne chose.
Pour que l’on retrouve justement cette sérénité si nécessaire aux futures (re-)négociations, il faut d’abord chasser impérativement
quelques clichés fantomatiques mal placés : Tout d’abord, la question de séparatisme n’est AUCUNEME NT d’actualité. Ce n’est pas parce qu’un pseudo-politicien nommé Filip De Winter,
qui, à un chromosome près, était atteint du syndrome de Down, incite à la révolution en Flandre et à une proclamation d’indépendance unilatérale, que cette idée absurde est soutenue par tous les
autres partis flamands. J’en veux pour preuve l’interview récent de Vic Anciaux, ex Volks-Unie et flamingant notoire, qui croit toujours en la nécessité absolue de la Belgique, ou encore à la
réunion parlementaire du gouvernement flamand d’hier, où tous les vrais grands partis flamands ont conspué un à un le brillant discours de Filip De Winter. Une honte que la presse internationale
avait été expressément conviée par De Winter pour assister à un tel débat complètement à côté de la plaque et purement hypothétique. Heureusement, la presse est également plus malin que De Winter
(qui ne l’est pas d’ailleurs ?) et n’a pas été impressionnée par ce camouflet.
Conclusion : je ne suis pas voyant, mais mon petit doigt me dit quand même avec insistance que la Belgique continuera toujours à vivre.
Cependant, pour y parvenir, il faut lui trouver son sérum de jouvence. On peut prétendre ce que l’on veut, mais cette cure de jeunesse
éternelle devra d’abord passer par une nouvelle réforme d’Etat. Ne me comprenez pas mal, dieu sait à quel point je suis attaché à mon pays et d’un point de vue idéologique, mon souhait serait
d’avoir une Belgique unitaire sans pathétiques séparatistes flamingants, mais malheureusement, il faut être réaliste et ne pas balancer dans la même tendance surréaliste que Filip De Winter et se
dire que la Belgique est un projet fédéral à long terme et qu’il y aura toujours des marginaux qui essayeront de lui pisser dessus, même sans raisons objectives.
Par contre, ce qui est à mes yeux aussi absolument nécessaire, est que cette réforme soit DEFINITIVE et que l’on sache donc dès la formation de ce nouveau gouvernement quelle sera la forme FINALE de notre chère Belgique. Cette ultime réforme peut-être assez poussée, à condition que cela se passe dans le but de créer une base fédérale SOLIDE et INFLUENTE, qui ne sera non pas au service des régions, mais un véritable point d’encrage. Faire passer cette réforme permettra non seulement d’enfin pouvoir commencer un projet à long terme pour la Belgique et d’éviter de perdre à chaque fois un temps fou à la formation des prochains gouvernements fédéraux, mais aussi de réconcilier les politiciens flamands modérés (et majoritaires) avec la Belgique comme entité fédérale. Dès lors, les grognements en Flandre diminueront d’eux-mêmes jusqu’à s’estomper complètement car quand les politiciens se taisent, le peuple ne prend pas la parole. Ceci aura comme conséquence que des petits partis flamingants comme la NV-A prêchera de plus en plus dans le désert et se fera au final lâcher comme partenaire de cartel.
Ma prise de position ne me rendra peut-être pas très populaire aux yeux de « Belgicistes » pur-sang, mais il faut comprendre qu’un état fédéral avec une autonomie assez poussée pour les régions qui le compose, n’est pas une mauvaise chose. Le modèle suisse en est peut-être le meilleur exemple : la Suisse connaît une situation politique plutôt similaire à la nôtre, avec 3 communautés linguistiques différentes, dont 2 majoritaires et en est même arrivé à la formation d’un état non pas fédéral, mais même carrément confédéral, c’est-à-dire avec une autonomie des régions (des cantons en l’occurrence) vraiment très poussée. Par exemple, chaque canton a sa propre police, son propre organisme judiciaire, sa propre banque etc. Résultat, la Suisse est un pays qui carbure et avec un standard de vie très élevée. Il y a de temps en temps quelques tensions entre les Suisses romans et les Suisses alémaniques mais finalement, grâce à leur système confédéral efficace, il n’y a jamais de crises communautaires comme en Belgique. Bien qu’un état confédéral, la Suisse n’en donne pas moins l’impression d’être une nation soudée qui ne se tire pas dans les pieds comme c’est le cas actuellement avec la Belgique.
Le rôle premier de la politique ne doit pas être un rôle propagandiste en faveur d’une région ou d’une autre, les politiciens se doivent de travailler discrètement et de manière passionné mais néanmoins pragmatique au bon fonctionnement du pays. Leur tâche se « limite » à ça. Il en revient ensuite au peuple, aux médias, aux artistes et aux sociétés nationales de véhiculer une image unitaire et positive de leur pays, comme par exemple à travers de divers évènements sportifs, la promotion des produits ou concepts qui font la renommée internationale de la Belgique, de mouvements et manifestations d’Art etc.
En tout cas, j’assume ce rôle qui m’est attribué avec plaisir et c’est donc avec conviction que je réitère mon point de vue : Fier d’être Belge !
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